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Bilan cyclisme 2011 #10 : La fin de saison, Gilbert N°1, Cav’ en arc-en-ciel

par Thomas Guérin 21 Décembre 2011, 12:00 CYCLISME

Nous voici déjà arrivés à la fin du très beau livre de la saison cycliste 2011. Ne reste plus qu’à conclure. Malgré l’intensité de la saison écoulée, malgré un Tour de France sublime et  une Vuelta elle aussi haletante, le dénouement semblait relativement écrit d’avance. Philippe Gilbert, malgré quelques signes de fatigue en août, semblait ne pouvoir terminer son irrésistible saison qu’à la place de N°1 mondial du classement World Tour. Mark Cavendish, sur un circuit à sa convenance, et Tony Martin, maitre du temps incontesté à la veille des mondiaux de Copenhague, paraissaient destinés à obtenir tous les deux leur premier titre mondial. Ces trois protagonistes majeurs de 2011 n’ont pas déçus. Mais parce qu’il était écrit que la saison cycliste 2011 serait définitivement placée sous le sceau des surprises, il fallait bien qu’elle s’achève sur une énième sensation. Elle est venue de Lombardie, lors d’une classique des feuilles mortes dont le soleil rasant a illuminé un coureur suisse de 30 ans jusque là dans l’ombre, Oliver Zaugg. Le mois d’octobre a par ailleurs vu Greg Van Avermaet enfin concrétiser ses bonnes dispositions entrevues durant toute la saison, alors que le Tour de Chine a fait une entrée fracassante, plus d’un point de vue médiatique que sportif au demeurant, dans le paysage du World Tour. Clap de fin sur la saison écoulée.

 

La tournée canadienne réussie de Gilbert

 

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Vainqueur avec la manière du 2eme Grand Prix cycliste de Québec début septembre, devant Robert Gesink et Rigoberto Uran, Philippe Gilbert n’a pas eu à attendre les dernières échéances de la saison pour être sûr de terminer la saison à la place de N°1 mondial.

 

Alors que tous les projecteurs étaient braqués sur une Vuelta spectaculaire, indécise et remportée de haute lutte par le surprenant Juan José Cobo, de nombreux coureurs avaient cependant fait le choix de peaufiner leur condition en vue des mondiaux outre-Atlantique, sur deux classiques qui sont devenues incontestables alors qu’il ne s’agit pour autant que de leur deuxième édition : les Grands Prix de Québec et de Montréal, deux courses canadiennes qui avait proposé un formidable suspense en 2010, avec deux très beaux vainqueurs, Thomas Voeckler et Robert Gesink. Deux courses intégrées au calendrier World Tour qui ont donc très rapidement fait leur preuve sur des circuits explosifs et tracés à merveille par leurs organisateurs. Voeckler n’était pas présent cette année pour défendre son titre acquis dans les rues du Vieux-Québec, mais nombreux étaient les grands noms présents durant ce week end canadien. Parmi eux, Robert Gesink, Philippe Gilbert, Edvald Boasson Hagen, Samuel Sanchez, Simon Gerrans ou encore Levi Leipheimer.

 

Comme en 2010, on ne fut pas déçu par le suspense et le spectacle. A Québec, tout d’abord, où le Belge Philippe Gilbert avait annoncé la couleur en conférence de presse en affichant son ambition. L’objectif était simple pour le coureur de l’équipe Omega Pharma-Lotto : reprendre sa place de N° 1 mondial à Cadel Evans, dont la saison était d’ores et déjà terminée, et si possible remporter l’une des deux courses au programme. Le GP de Québec était parfaitement dans les cordes du Remoucastrien, sur un parcours nerveux et proposant des courtes côtes aux pourcentages souvent ardus. Le Belge ne s’est pas fait prier. Alors que parmi les favoris Boasson Hagen et Samuel Sanchez n’était plus dans le coup à 20 km de l’arrivée, le Belge tentait de se faire la malle à 15 km du terme en partant seul. Trop isolé, il devait néanmoins se résoudre à attendre un groupe de poursuivants au sein duquel se trouvait Levi Leipheimer, Robert Gesink, Björn Leukemans, Rigoberto Uran ou encore le surprenant Gerald Ciolek. Le final était alors superbe. Sur un démarrage de Gilbert, Gesink parvenait quasiment à recoller à la roue du Belge. S’ensuivait alors l’un des plus beaux finishs de la saison, un incroyable mano à mano de 2 kilomètres où Gilbert est parvenu à résister de manière quasi miraculeuse au coureur de la Rabobank. Le Wallon touchait alors au but en redevenant N°1 mondial.

 

Deux jours plus tard, sur un parcours davantage dévolu aux grimpeurs qui proposait l’ascension de la difficile côte de Camilien Houde, la course était également animée. On attendait beaucoup Gesink le tenant du titre, Samuel Sanchez, Rigoberto Uran, les Radioshack et l’épouvantail Gilbert, mais cette deuxième classique canadienne a finalement souri à des audacieux sortis à la pédale dans le final. Le Portugais Rui Costa réglait alors, dans un sprint à deux, le Français de la FDJ Pierrick Fédrigo, qui ratait là une bien belle occasion de sauver une saison décevante. Philippe Gilbert réglait le sprint des favoris en venant mourir sur les talons du Rui Costa et Fédrigo.

 

Mondiaux de Copenhague : Cavendish et Martin assurent, les jeunes français régalent

 

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Il en avait fait son objectif  majeur de la saison et il l’a fait. Mark Cavendish, escorté durant toute la course par une équipe britannique très solide, devient ainsi le premier Britannique depuis le regretté Tom Simpson à se parer d’arc-en-ciel.

 

Nous voici arrivés à cette fameuse semaine des mondiaux, qui se tenaient cette année au Danemark, à Copenhague, sur un tracé assez similaire à celui de Zolder en 2002 qui avait sacré à l’époque le meilleur sprinter du monde, l’un des plus grands de l’histoire du reste, Mario Cipollini. Sur un circuit ne proposant qu’une rampe de 300 m à environ 7/8 % à quelques encablures de la ligne d’arrivée, on pouvait donc faire de Mark Cavendish le favori naturel de ce mondial. Les prétendants ne manquaient pas néanmoins : Thor Hushovd, le tenant du titre, Philippe Gilbert, en raison de sa saison exceptionnelle, Matthew Goss, le vainqueur de Milan San Remo, Marcel Kittel et André Greipel pour l’Allemagne, l’Italien Bennati, Boasson Hagen, Oscar Freire ou encore Peter Sagan. La liste est non exhaustive.

 

Mais la course reine des Elites à très rapidement débouché sur un scénario assez prévisible : une course verrouillée, cadenassée par la sélection britannique. Thor Hushovd s’est retrouvé rapidement éliminé sur chute et les quelques offensives amorcées dans les derniers tours, notamment par le remuant Thomas Voeckler et le déterminé Anthony Roux, ont été annihilées par le rouleau compresseur britannique dont le bel ordonnancement laissait déjà deviner l’issue de ces mondiaux, un sprint massif. Le Cav’ a alors pu produire son effort pour régler l’Australien Matthew Goss, et André Greipel, ce dernier s’octroyant la médaille de bronze pour quelques millimètres, après examen de la photo finish, devant un surprenant Fabian Cancellara. Ce dernier n’avait d’ailleurs rien pu faire face à Tony Martin qui avait remporté haut la main le titre de champion du monde du chrono quelques jours plus tôt.

 

Les Français n’ont pas déçu malgré l’absence de médaille chez les coureurs Elite. Pierre-Henri Le Cuisinier est devenu champion du monde Junior après un formidable travail du collectif de la sélection française pendant que Arnaud Démare s’imposait devant son compatriote Adrien Petit chez les Espoirs. Chez les Dames, l’Italienne Giorgia Bronzini réalisait le doublé après son sacre obtenu à Geelong en 2010.

 

Alors certes ce championnat du monde ne fut pas très emballant, mais après tout, il faut de tout pour faire un monde. Ce Mondial 2011 restera-t-il dans l'histoire comme un grand cru? Sans doute pas. Mais on ne peut parler de déception en l'occurrence. Il n'y avait pas grand chose d'autre à en attendre, et, finalement, nous avons eu la course et le dénouement qu'un tel tracé favorisait. Mais pourquoi s'en plaindre après tout ? Le sprint fait partie intégrante du cyclisme. Les sprinters font partie du peloton. Le maillot arc-en-ciel n'a pas à être réservé aux meilleurs puncheurs ou aux meilleurs grimpeurs du peloton, année après année. Le Championnat du monde n'est pas Liège-Bastogne-Liège ou le Tour de Lombardie. C'est le Championnat du monde. Une course particulière et à part entière. Il a vocation à proposer au fil des ans des parcours suffisamment variés pour permettre à chacun de pouvoir s'exprimer. C’était l’année des purs sprinters. Les puncheurs seront à la fête l’an prochain à Valkenburg. Les grimpeurs davantage sur le parcours florentin en 2013 puis encore davantage à Ponferrada en Espagne, en 2014. Cette année, on ne peut que féliciter Mark Cavendish d’avoir su résister à la pression et d’avoir tenu son rang.

 

Zaugg se révèle sur les bords du lac de Côme

 

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Vainqueur surprise du dernier monument de la saison, le Tour de Lombardie, Oliver Zaugg peut laisser éclater sa joie. Fidèle gregario depuis ses débuts professionnels, le Suisse semble avoir définitivement lancé sa carrière. Un exploit à confirmer en 2012…

 

Nous voici au crépuscule de la saison, nous voici en octobre. Les organismes sont fatigués pour de nombreux coureurs, mais il reste encore de très belles courses à aller chercher et de précieux points à récolter pour de nombreuses équipes soucieuses d’assurer définitivement leur place dans le World Tour pour la saison à venir. Et puis, il reste un monument, et pas des moindre, le Tour de Lombardie.

Au sortir du mondial de Copenhague, Tony Gallopin a remporté le classement de la Coupe de France, Robbie McEwen a regoûté à la victoire en s’octroyant le Franco-Belge, à 38 ans. Matthew Hayman, l’Australien du Team Sky, a levé les bras sur Paris-Bourges, mais surtout, Greg Van Avermaet, au terme de la course débridée par le vent défavorable et l’abandon prématuré d’une grande partie du peloton, a gagné sa première grande classique sur le Paris-Tours. Il a devançait l’italien Marco Marcato dans un sprint à deux.

 

Tony Martin, toujours à l’heure et malgré une grosse « pancarte », selon l’expression consacrée, a étrenné son maillot de champion du monde de la plus belle des manières, en remportant le Tour de Pékin, notamment en écrasant la concurrence d’entrée de jeu, sur le chrono inaugural. La suite fut tranquille pour l’Allemand qui n’eut pas trop de difficultés à conserver son bien sur un parcours relativement peu sélectif qui ne favorisa pas les outsiders tels Damiano Cunego ou Samuel Sanchez.

Restait alors le Tour de Lombardie, qui avait d’ailleurs subi un lifting. Exit la côte de San Fermo della Bataglia et l’arrivée à Côme. Les coureurs arrivaient désormais à Lecco au terme d’une dernière ascension inédite avec un passage à plus de 15% en guise de juge de paix. On attendait Philippe Gilbert, double tenant du titre, mais aussi des coureurs en forme, à l’instar de Bauke Mollema, Daniel Martin ou Rigoberto Uran. Pendant une heure, on cru au panache de Vincenzo Nibali, parti seul dans la Madonna del Ghisallo. Mais au final, c’est Oliver Zaugg qui a tiré son épingle du jeu. Avec ce second couteau suisse de 30 ans, le Giro di Lombardia pouvait difficilement se trouvait un vainqueur plus surprenant. Bon grimpeur, certes, le coureur de la Leopard Trek avait pour véritables références quelques placettes sur des étapes du Tour de Suisse et une onzième place finale à la Vuelta 2008. Voilà pour le Suisse bien plus qu’un accessit cette fois-ci…

 

La saison s’est donc achevée sur une dernière surprise, encore sur un « monument ». Mais quelle saison 2011 ! Des révélations, des vainqueurs inattendus, des grands Tours de toute beauté, le triomphe d’un Australien sur la Grande Boucle, des classiques dominées par Philippe Gilbert mais également surprenantes et passionnantes ... L’année 2011 restera, malgré peut-être l’ombre qu’a fait planer l’affaire Contador, un grand cru. On ne peut qu’attendre avec impatience 2012, une année qui s’annonce encore plus rythmée, année olympique oblige…

 

 A voir également 

Introduction
#1/ Janvier

#2/ Février

#3/ Mars

#4/ Avril

#5/ Mai

#6/ Juin

#7/ Juillet

#8/ Août

#9/ Septembre

 

Article réalisé par Thomas Guérin l Images : Steephill/Gazzetta dello Sport

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