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Bilan cyclisme 2011 #4 : Avril, pas si classique que cela…

par Thomas Guérin 13 Décembre 2011, 08:00 CYCLISME

Nous voici arrivés en avril 2011. Nous sommes au cœur des classiques, un cœur qui bat très fort. Milan-San Remo a donné le ton au terme d’un final à suspense qui a finalement consacré un jeune Australien de 25 ans, Matthew Goss. Place désormais aux classiques pavées avec comme point d’orgue le mythique Tour des Flandres, le premier week end d’avril, suivi de l’Enfer du Nord, Paris-Roubaix, avant une transition rapide vers le triplé ardennais via la Flèche brabançonne. Fabian Cancellara, auteur d’un retentissant doublé Ronde-Paris-Roubaix en 2010, et incontestable maître des pavés depuis plusieurs saisons, ainsi que Philippe Gilbert, « roi des classiques » depuis fin 2009, étaient attendus au tournant. Sont-ils parvenus à tenir leur rang et à concrétiser leur statut de favori ? Entre secteurs pavés et côtes ardennaises, flash back sur une campagne de classiques de printemps peu ordinaire.

 

Les surprises Nuyens et Van Summeren

 

Nuyens.jpg

Final de haute intensité à Meerbeke. Le Français Sylvain Chavanel n’est pas passé loin d’un succès de premier ordre. Mais le Belge Nick Nuyens l’a devancé in extremis. Fabian Cancellara, favori longtemps dominateur du Ronde mais battu, complète le podium.

 

Deux semaines après Milan-San Remo, la saison des classiques se poursuivait par le Ronde Van Vlaanderen, le mythique Tour des Flandres, avec ses monts pavés aux pourcentages parfois effrayants et ses juges de paix, les célèbres Mur de Grammont et Bosberg. Fabian Cancellara faisait bien évidemment figure de super favori. Un statut renforcé par la véritable démonstration de force du coureur suisse du Team Léopard une semaine plus tôt, sur les routes du GP E3 à Harelbeke. Spartacus a véritablement écrasé la concurrence à l’occasion de cette ultime préparation pour le Ronde en se payant le luxe d’effectuer les 20 derniers kilomètres du parcours en solitaire, reléguant ses adversaires directs très loin. Un récital révélateur de l’excellente condition du Bernois. Mais une écrasante domination qui ne fut pas sans conséquence.

En se dévoilant sur les routes de l’E3, Cancellara fut marqué par ses adversaires une semaine plus tard et son offensive lancée très loin de l’arrivée à Meerbeke, à près de 60 kilomètres de l’arrivée ne trouva pas de soutien. Même Sylvain Chavanel, qui avait tenté sa chance un peu avant dans le Vieux-Quaremont, ne collabora pas avec le Suisse en prétextant qu’on lui avait intimé l’ordre de protéger Tom Boonen, resté au chaud dans un groupe où figuraient encore les principaux favoris dont Philippe Gilbert, Filippo Pozzato, Alessandro Ballan ou Thor Hushovd. Cancellara dut donc très rapidement prendre ses responsabilités. Le scénario lui semblait pourtant favorable jusqu’au pied de l’avant dernière difficulté, le Mur de Grammont. L’écart avait gonflé pour les deux hommes de tête. Mais l’improbable se produisit alors. Tandis que Philippe Gilbert secouait le cocotier dans les rampes les plus sévères, Cancellara semblait quelque peu s’affaisser sur sa machine sans parvenir à distancer le Français Chavanel. La jonction s’opérait même au sommet. Incroyable, tout était à refaire en tête de course ! Philippe Gilbert accélérait violemment dans le Bosberg, grand plateau. Leukemans et surtout Ballan tentaient de suivre le rythme imposé par le Wallon, momentanément en vain. Gilbert s’isolait, mais la longue portion plane vers la ligne d’arrivée lui était fatale.

Gilbert, très fort dans les monts pavés, ayant rendu les armes, on semblait se diriger vers un sprint en comité restreint pour la dizaine de coureurs ayant repris le Belge dans la descente du Bosberg. C’était sans compter sur une attaque d’un coureur discret jusque-là, Nick Nuyens. Un outsider bien malin, qui emmenait dans son sillage Sylvain Chavanel, décidément très fort sur ce Ronde, et Fabian Cancellara, qui jouait là son va-tout. Derrières, on se regardait. La victoire allait se jouer entre les trois. Nick Nuyens réalisait alors le plus bel exploit de sa carrière, lui l’ancien vainqueur du Het Volk sous les couleurs de la Cofidis, en devançant au sprint Sylvain Chavanel alors que Fabian Cancellara complétait le podium devant Tom Boonen sorti en contre dans le dernier kilomètre, ce qui ne manqua pas de perturber le sprint de son équipier Chavanel. Nous ne pensions alors pas que la victoire de cet outsider allait en appeler une autre sur le vélodrome de Roubaix.

Une semaine plus tard, alors qu’on se dirigeait vers un plus que probable duel entre Fabian Cancellara, à nouveau grand favori de ce Paris-Roubaix qu’il avait remporté de main de maitre en 2010, et le champion du monde norvégien Thor Hushovd, les bookmakers ne furent une fois de plus pas à la noce. Après la surprise Nick Nuyens, c’est un autre fidèle équipier, jamais véritablement récompensé sur des courses de premier ordre, qui s’en allait remporter son monument. Et quel monument !

Thor Hushovd avait pourtant fait de ce troisième monument de la saison un objectif majeur. Lui qui rêve d’inscrire son nom à cette prestigieuse classique. Quid cependant de l’état de forme du Norvégien, très discret jusque-là. D’autres outsiders en puissance se dégageaient également, mais toujours dans l’ombre de Cancellara : Tom Boonen, triple vainqueur de l’épreuve, Alessandro Ballan, Juan Antonio Flecha ou encore Filippo Pozzato. Mais nul n’imaginait que Paris-Roubaix 2011 reviendrait à un gregario nommé Johann Van Summeren, l’équipier de Thor Hushovd à la Garmin-Cervélo. Une surprise, indéniablement, mais à nuancer. Le coureur flamand avait en effet quelques belles références sur des courses pavées et en particulier Paris-Roubaix (8eme en 2008 et 5eme en 2009). Un garçon qui avait donc déjà réussi à dompter la subtilité des secteurs pavés du Nord de la France…

 

Van-summeren.jpgLe triomphe d’un équipier modèle sur le vélodrome de Roubaix. A l’aise sur les pavés mais jamais vainqueur d’une classique, le belge Johann Van Summeren peut savourer son premier monument.

 

Comment expliquer alors un tel dénouement sur ce Paris-Roubaix 2011 ? Une fois encore, la victoire d’un outsider est directement liée au marquage très serré des grands favoris de l’épreuve en particulier entre Fabian Cancellara et Thor Hushovd qui se sont livrés davantage à une bataille psychologique qu’à une lutte d’homme à homme sur le vélo. Le Norvégien ayant un équipier à l’avant, il lui était bien difficile d’assumer la poursuite avec le Suisse. Ce dernier, exaspéré par l’attitude du champion du monde, refusa à son tour de mener la chasse. S’ensuivit une longue phase d’observation et de tergiversation entre Hushovd, Cancellara et Ballan. Tom Boonen était quant à lui hors-jeu sur souci mécanique depuis la Trouée d’Arenberg. Il n’en fallait pas mieux pour permettre à Van Summeren de s’envoler à l’avant et de distancer un à un les coureurs qui l’accompagnait en tête de course. Passant seul au carrefour de l’arbre, il résista au retour de Fabian Cnacellara pour savourer la première très grande victoire de sa carrière sur le vélodrome de Roubaix. Fabian Cancellara terminait 2eme –réalisant tout de même l’exploit de terminer sur le podium des trois premiers monuments de la saison après Milan-San Remo et le Tour des Flandres- alors que le Néerlandais Maarten Tjallingii complétait le podium. Encore une surprise donc. En attendant les Ardennaises…

 

Le fantastique triplé ardennais d’un nouveau « cannibale » nommé Philippe Gilbert

 

Gilbert.jpg

Incroyable triplé ardennais en une semaine pour Philippe Gilbert (ici vainqueur de la doyenne des classiques, à Liège) : Amstel Gold Race, Flèche Wallonne, Liège-Bastogne-Liège.

 

La page des classiques pavées, assez atypique en l’occurrence, à peine refermée, cap sur les classiques ardennaises. Peu nombreux sont encore aujourd’hui les coureurs à doubler flandriennes et ardennaise, dans la droite ligne des Michele Bartoli et des Paolo Bettini. Un coureur fait cependant figure d’exception : le Belge Philippe Gilbert. Déjà omniprésent et placé sur les classiques depuis fin mars (3eme de la Primavera, 9eme du Ronde), le coureur d’Omega Pharma-Lotto s’avance comme le grand favori des Ardennaises. Parviendra-t-il à assumer ce statut où sera-t-il victime, à l’instar de Fabian Cancellara, victime du marquage de ses adversaires directs ? La campagne des classiques se poursuivra-t-elle par des surprises ? Telles sont les questions qui animent le débat à la veille de l’Amstel Gold Race…

Comme Cancellara sur le GP E3, Gilbert a remporté d’une seule jambe la Flèche brabançonne 4 jours avant l’Amstel. Sur les routes du Limbourg néerlandais, à proximité de Maastricht et de Valkenburg, le Belge est archi favori, lui qui a remporté la précédente édition sur les hauteurs du Cauberg. La course à néanmoins semblait lui échapper à 10 kilomètres  de l’arrivée après l’attaque d’Andy Schleck. Le Luxembourgeois, sur les traces de son frère Franck déjà vainqueur de l’Amstel en 2006 a semblé se diriger vers le succès jusqu’au pied du Cauberg. Mais c’était sans compter sur le travail de Jelle Venendert, relayé par son leader en personne, Philippe Gilbert. Ce dernier put alors produire son effort dans son style si caractéristique, savant mélange de force mentale et de puissance, pour devancer sur la ligne Joaquim Rodriguez et Simon Gerrans.

Mais le Belge ne s’en arrêta pas là et le mercredi suivant, il s’octroya avec une facilité presque déconcertante pour ses adversaires la Flèche Wallonne, au sommet du terrible Mur de Huy. Une démonstration de force à laquelle l’intéressé lui-même ne s’attendait aucunement. En devançant à nouveau Joaquim Rodriguez et le champion olympique Samuel Sanchez, Philippe Gilbert remportait la classique qui semblait la moins adaptée à sa morphologie et à ses caractéristiques.

Il lui restait alors à parachever cet état de grâce en remportant, chez lui, la doyenne des classiques, Liège-Bastogne-Liège. Tellement attendu, il paraissait très improbable que le Wallon parvienne à réaliser un historique triplé –après celui réalisé par Davide Rebellin en 2004. Il n’en fut rien. Le Belge remporta presque naturellement son Graal en devançant les deux frères Schleck, trop timorés dans le final, au terme d’un sprint à trois remporté facilement.

Le Belge a donc tenu son rang malgré son immense « pancarte », pour reprendre l’expression consacrée. Ainsi s’achève la longue période des classiques. Changement de braquet en mai avec le Giro d’Italia, un Giro qui s’annonce des plus spectaculaires en raison des difficultés proposées et de son profil extrêmement montagneux. Place donc aux grimpeurs sur les routes transalpines…

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#1/ Janvier
#2/ Février
#3/ Mars

Article réalisé par Thomas Guérin l Images : Steephill/Site officiel d’Omega Pharma-Lotto
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