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Bilan cyclisme 2011 #5 : Mai, entre tragédies et épopée

par Thomas Guérin 14 Décembre 2011, 08:00 CYCLISME

Mai marque un tournant dans la saison cycliste. Au lendemain de Liège-Bastogne-Liège, la page des classiques de printemps se tourne. Cap désormais sur les grands tours et les courses à étapes de renom du calendrier. Les protagonistes du début de saison, très en vue depuis mars, cèdent leur place à de nouveaux profils de coureurs. Changement de braquet ! L’heure du Tour d’Italie approche. Quelques jours après la Doyenne, le Tour de Romandie, remporté cette saison par l’Australien Cadel Evans, a très largement servi d’ultime  préparation pour le Giro d’Italia. Un Giro très attendu car voulu extrêmement difficile par l’organisateur transalpin Angelo Zomegnan. Avec d’innombrables arrivées en altitude, dont une au sommet du terrifiant Monte Zoncolan, ce 94eme Tour d’Italie s’annonçait comme l’un des plus durs de l’histoire. Mais, malheureusement, l’intérêt sportif de ce Giro fut  largement minimisé par deux drames survenus coup sur coup. Deux drames qui laissèrent la famille du vélo sans voix : la disparition de Wouter Weylandt et celle de Xavier Tondo.

Retour aujourd’hui, avec forcément un pincement au coeur, sur le mois de mai dernier.

 

La grande famille du cyclisme endeuillée

 

wouter-weylandt.jpg

A la suite d’une terrible chute survenue lors de la 3eme étape du Tour d’Italie, le jeune coureur Belge Wouter Weylandt a trouvé la mort. Le lendemain, après une étape neutralisée en son hommage, son équipe Léopard Trek ainsi que son ami proche Tyler Farrar, ont franchi  la ligne tous réunis. Un moment fort qui a tristement marqué l’année 2011…

 

leopard-trek.jpg

 

Si tous les amoureux de la petite reine attendaient ce mois de mai avec impatience, il était malheureusement écrit que le monde du vélo resterait endeuillé par la mort de Wouter Weylandt et de Xavier Tondo. De la même façon que le Tour 1995 évoque immédiatement la disparition de Fabio Casartelli, ce 94e Giro restera associé à jamais à la disparition du Belge Wouter Weylandt, le lundi 9 mai dernier, dans la descente rapide du Passo del Bocco. Comble de l’injustice, un an jour pour jour après la victoire d’étape de ce même coureur sur les routes du Tour d’Italie 2010, et alors que Wouter Weylandt s’apprêtait à goûter aux joies de la paternité quelques mois après.

 

L'image, furtive mais terrifiante, du coureur de l'équipe Leopard Trek affalé sur le sol, en sang et inanimé nous saisit encore d’effroi, plusieurs mois après. Heureusement rarissimes, ces drames sont d'autant plus frappants quand ils surviennent, venant nous rappeler la dangerosité de ce sport, et parfois sa cruauté. Même disparu, Weylandt a accompagné ce Giro jusqu'au bout. Le public italien a rendu jour après jour de multiples hommages au dossard 108, que plus personne ne portera jamais sur le Tour d'Italie. Personne n'oubliera Wouter Weylandt…

 

Pas plus que l’Espagnol Xavier Tondo. Le coureur de l’équipe Movistar est décédé chez lui, le lundi 23 mai, à la suite d’un accident domestique alors qu’il était sur le point de partir s’entrainer. Encore abasourdie par le drame Wouter Weylandt, la grande famille du cyclisme perdait encore un des siens, un coureur qui plus est terriblement attachant, toujours souriant. Révélé sur le tard à l’occasion du Paris-Nice 2010 où il avait remporté une étape avec panache, l’Espagnol avait ensuite laissé entrevoir de très belles aptitudes sur les courses par étapes. Le Catalan venait en outre de remporter le Tour de Castille-et-Léon, en préparation de la Grande Boucle qu’il allait découvrir en juillet. Mais le sort a brisé net la carrière de Xavier.

 

Ainsi va le cyclisme, telle la vie, oscillant incessamment entre joie et tristesse, parfois entre épopée et drame, comme ce fut malheureusement le cas en ce mois de mai 2011…

 

xavier tondo

Xavier Tondo, deux semaines jour pour jour après Wouter Weylandt, a lui aussi quitté la grande famille du vélo. Un coureur dont l’excellent état d’esprit et la bonne humeur resteront dans les mémoires de tous… R.I.P. Xavier Tondo.

 

Un Giro extrême écrasé par Alberto Contador

 

Les deux drames précédemment évoqués nous amènent forcément à relativiser les enjeux sportifs du Tour d’Italie, mais force est néanmoins de constater que ce Giro d’Italia, écrasé par Alberto Contador, restera dans les annales.

 

On attendait pourtant ce Giro avec beaucoup d’impatience, et à juste titre. Pour son parcours dantesque, mais aussi pour suivre la prestation d’Alberto Contador face aux redoutables grimpeurs Italiens. Toujours dans l’attente d’un jugement qui rendait son avenir flou, l’Ibère avait choisi de s’aligner sur les routes italiennes. Déjà victorieux en 2008, le parcours plus que montagneux n’était pas pour lui déplaire.

 

Après un contre-la-montre par équipes inaugural remporté par les spécialistes du Team HTC-Highroad, la première semaine, endeuillée par le drame Wouter Weylandt, était dévolue aux sprinters et baroudeurs. Alessandro Petacchi, Angel Vicioso, Pieter Weening, Francisco Ventoso, Bart de Clercq et Oscar Gatto ont chacun levé les bras à une reprise, avant que que Mark Cavendish ne règle la mire et ne remporte deux étapes.

 

Est ensuite arrivée la terrible partie montagneuse de ce Giro. Un enchainement impressionnant de difficultés sur des étapes chaque jour plus difficiles. Les cadors s’étaient fixés un premier rendez-vous sur les pentes de l’Etna, où Alberto Contador a mis tout le monde d’accord en frappant fort d’entrée. La pédalée implacable de l’Espagnol laissa sans réaction les Nibali, Scarponi et autres Kreuziger, Rodriguez, Anton ou Menchov. En s’imposant en solitaire sur les hauteurs du stratovolcan sicilien, l’Espagnol s’est emparé du maillot rose de leader. Il s’apprêtait alors à le conserver jusqu’à Milan. Derrière, alors même que la route ne commençait qu’à s’élever, la concurrence semblait déjà résignée, voire décimée.

 

La suite fut un récital de la part du coureur de l’équipe Saxo-Bank. Lors de la trilogie des Dolomites, l’Espagnol porta le coup de grâce à ses poursuivants directs. Au Grossglockner, il laissa la victoire au grimpeur de poche Colombien José Rujano, déjà loin au général. Un revenant celui-là ! Quasi absent depuis ses exploits sur ces mêmes routes en 2005, où il avait terminé 3eme du Giro derrière Paolo Savoldelli et Gilberto Simoni. Le lendemain, malgré l’annulation de l’ascension du Monte Crostis pour cause de sécurité des coureurs, le Monte Zoncolan tint toutes ses promesses. L’étape revint au Basque Igor Anton, mais une fois de plus, Contador se montra intraitable et asséna même un ultime coup de massue à Nibali dans les derniers hectomètres après que le Sicilien ait fait le tempo durant toute la montée !

 

Arriva alors l’étape reine, cette 15e étape qui restera comme le grand moment de cette 94e édition. Cinq cols, la Cima Coppi, les paysages massifs et si majestueux de la Marmolada, un temps épouvantable, une journée interminable (229 km) et une dernière ascension terrible vers le refuge de la Gardeccia. Un dernier kilomètre interminable pour les coureurs, tous exténués par l’effort.  Mikel Nieve, vainqueur de l'étape, y a véritablement vécu son jour de gloire et Alberto Contador, de son propre aveu, la journée la plus difficile de toute sa carrière. Il y renforça néanmoins sa position au général. Une de ces étapes qui vous font aimer le cyclisme et tout particulièrement le Giro.

 

Ne restait alors plus à Alberto Contador qu’à gérer son avance confortable au général jusqu’à Milan. Ce qu’il n’eut aucun mal à faire… Diego Ulissi, Eros Capecchi, Paolo Tiralongo et Vasil Kyrienka en profitèrent pour s’octroyer chacun une étape alors que David Millar remporta le chrono final.

 

Quelle image retenir en définitive de ce Tour d’Italie d’Alberto Contador ? Son attaque soudaine et inattendue à Tropea? Sa démonstration de force sur les pentes de l'Etna, où le Giro a définitivement basculé en sa faveur ? Celle de Nevegal, où il a rendu hommage à Xavier Tondo ? Les sifflets du public italien dans le Zoncolan ou le Val di Fassa ? Pas évident de trancher. Finalement, c’est peut-être bien son geste de grand seigneur vis-à-vis de Paolo Tiralongo, à qui il a laissé le gain d’une étape en remerciement du travail accompli par le coureur italien quand ils étaient coéquipiers dans l’équipe Astana, qui passera certainement l'épreuve du temps. Parce que, plus encore que ses victoires, il témoigne de la toute puissance du champion que demeure le Castillan.


On retiendra également de ce Giro, côté tricolore, l’excellente prestation de John Gadret. A l'échelle du cyclisme français, la 4e place du coureur de l’équipe AG2r-La Mondiale est tout sauf anecdotique. C'est tout simplement la première fois depuis 11 ans qu'un coureur tricolore termine dans les cinq premiers d'un grand tour.  Performance exceptionnelle pour le grimpeur de l'équipe AG2R la Mondiale. Pour deux raisons : d'abord parce que cette place a été obtenue à la pédale, en rivalisant avec les meilleurs. Terminer 4e d'un grand tour remporté par Alberto Contador, finir juste derrière le vainqueur de la dernière Vuelta, et devancer des habitués du Top 10 des grands tours comme Rodriguez, Kreuziger ou Menchov, c'est remarquable. A 32 ans, Gadret n'est pas encore usé. Il a émergé tard sur la route et cette performance peut lui donner des idées.

 

giro-2011.jpgAu terme de trois semaines de Giro maîtrisées de bout en bout, Alberto Contador remporte pour la seconde fois le premier grand tour de la saison, avec une écrasante avance sur son dauphin Michele Scarponi. Un autre italien, Vincenzo Nibali, complète le podium à Milan.

 

Radioshack fait le show en Californie

 

horner-leipheimer.jpgL’image forte de ce Tour de Californie : Chris Horner et Levi Leipheimer jubilant lors de leur démonstration de force collective au sommet du Mont Baldy.

 

On l’aurait presque oublié, mais alors que se déroulait le Giro se tenait pour la première fois à cette époque de l’année le Tour de Californie. Jusque-là insérée dans le calendrier en février, la course américaine fut cette année déplacée au printemps, afin de permettre aux coureurs ne souhaitant pas s’aligner sur les routes italiennes de trouver une autre course à étapes, plus courte. Quelques grosses pointures du peloton s’y sont rendues avec pour objectif de monter en puissance à quelques semaines du Tour de France.

 

Les Américains Levi Leipheimer, Chris Horner, Tejay van Garderen, ou Tom Danielson, le Luxembourgeois Andy Schleck, ou encore le Canadien Ryder Hesjedal et le Slovaque Peter Sagan étaient de la partie.

 

On retiendra surtout de cette course l’outrageuse domination du Team Radioshack, qui a placé Horner et Leipheimer aux deux premières places du général, la relative méforme d’Andy Schleck ou encore la nouvelle victoire d’étape du jeune prodige Peter Sagan. Même à l’ombre du Giro, le Tour de Californie a su attirer un plateau relevé de coureurs …

 

En cette fin du mois de mai, les regards se tournent d’ores et déjà vers juillet …

 

A suivre demain : « Juin, en attendant la Grande Boucle »

 

 A lire également 

 

Introduction

#1/ Janvier

#2/ Février

#3/ Mars

#4/ Avril

 

Article réalisé par Thomas Guérin l Images : Site officiel du Team Leopard-Trek/Gazzetta Dello Sport/Steephill

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