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La révolution Socrates

par Thomas Liabot 6 Décembre 2011, 16:00 OMNISPORT

Alors que le Brésil était dirigé depuis 1964 par une dictature militaire, les joueurs du Corinthians se distinguèrent dans les années 1980 par leur engagement politique en faveur de la démocratie. Parmi eux, une jeune recrue, débarquée en 1978, Socrates.

 
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Socrates n’aura rien gagné avec la Selecao mais son nom est désormais gravé au panthéon du football brésilien. Le grand frère de Raï, docteur en médecine, n’avait pourtant pas attendu d’être une star du ballon rond pour se faire un nom dans le championnat brésilien. Au delà du football, c’est par son engagement politique original que le milieu offensif avait défrayé la chronique.

 

Opposant

Quand il signe au Corinthians en 1978, Socrates intègre une équipe en perte de vitesse. Au début des années 1980, un nouveau président, Adilson Monteiro Alves prend les rênes du club. Ce sociologue de trente cinq ans se fait une idée bien originale de la direction dʼune équipe, dans un Brésil alors dirigé par la junte militaire. L’homme propose à ses joueurs de prendre en main le Corinthians. Toutes les décisions désormais prises par le club seront votées par les joueurs. Ze Maria, champion du monde en 1970 et alors en pré-retraite, est élu entraineur par ses coéquipiers.

 

Renaissance sportive

L’expérience politique, rebaptisée «Démocratie corinthiane», est une bouffée dʼair frais pour le club. Les joueurs décident des mises au vert, de la gestion des avants-matchs et votent pour une répartition des revenus du club parmi tous les employés. Et la magie opéra. Nauséabond pendant des années, le Corinthians renaît et remporte le championnat de Sao Paulo en 1982 et 1983 en déployant un jeu magnifique.

 

Symbole de la résistance

Symbole fort de leur engagement politique, les joueurs du Corinthians entrent sur la pelouse, en novembre 1982, en arborant une banderole favorable à la démocratie et clairement opposée au gouvernement dictatorial en place. Socrates, un des meneurs de lʼexpérience déclarait il y a quelques années: « Nous exercions notre métier avec plus de liberté, de joie et de responsabilité. Nous étions une grande famille, avec les épouses et les enfants des joueurs. Chaque match se disputait dans un climat de fête (...) Sur le terrain, on luttait pour la liberté, pour changer le pays. Le climat qui sʼest créé nous a donné plus de confiance pour exprimer notre art ».

 

Engagement unique

Parti pour la Fiorentina en 1984, Socrates regrettera toujours que lʼexpérience démocratique ne se répande pas dans tous les clubs de football. Son combat ne prendra écho que bien des années plus tard au Brésil, quand la démocratie sʼimposera pour de bon. Mais les années de la «démocratie corinthiane» auront peut-être inspiré Lula, la grande figure démocrate brésilienne qui, en 1982, décidait de se lancer en politique, à Sao Paulo...

 

Article réalisé par Thomas Liabot l Image : Reuters

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