Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le sport ferment d'unité ! (1/3)

par Julien Bonnaud 30 Novembre 2011, 19:00 OMNISPORT

Dans toute sa "splendeur" allégorique de la violence contemporaine de l'humain, du capitalisme financier d'un monde globalisé et d'une pression sociale du résultat, le sport possède tout de même une importance non négligeable dans la constitution d'une société positivement réfléchie. L'impact social et sociétal du sport ne sont en effet pas simplement négatifs. Le sport peut aussi se révéler être un ferment d'unité, constitutif d'une société qui se cherche des héros communs pour rêver dans un monde de plus en plus individualiste et pragmatique. Le sport facteur de rêve? Créateur d'union impensable? C'est ce que nous allons essayé de développer au sein de notre réflexion, à la fois en s'attachant à voir le sport comme un ferment d'unité à différentes échelles, mondiale, nationale et locale.

Dans un climat de conflictualité qui traverse le monde, peut-on légitimement placer le sport comme un moyen diplomatique? Le sport dont on montre de plus en plus des images de violence et très peu de belles images peut-il être un élément pacificateur au sein d'un monde globalisé?

Qui connaît Mel Young? Personne... Et pourtant, il est l'homme qui a créé la plus belle compétition sportive, en tout cas, la plus humanitaire. Le sport peut rassembler au niveau international, il peut faire réfléchir sur notre société. Et cela, Mel Young l'a bien compris. Il a créé en 2003 la Coupe du Monde des Sans Domicile Fixe ("Homeless World Cup"). En 2011, cette coupe du monde a lieu à Paris. Et même si elle n'est pas énormément médiatisée, elle commence à faire son trou dans le gratin médiatique.  Plus qu'une compétition qui dépayse ces gens démunis, cette coupe du monde permet d'entraîner une réflexion sur la question de la précarité. Cette compétition permet de donner la possibilité à ses sans-abris de se changer les idées et de participer à une épreuve pleine de fraternité et d'envie de changer les choses. Alors certes il ne faut pas tomber dans l'illusion d'un monde meilleur, mais ce genre d'évènements démontre bien à quel point il est nécessaire de considérer le sport comme un ferment d'unité au niveau international. On a pris là un exemple très peu connu mais qui met en avant la réinsertion par le sport, l'unité autour d'une cause.

imag.jpg

Mais dans une optique plus générale qui aborde les compétitions plus professionnelles, on peut également évoquer les compétitions internationales et les Jeux Olympiques. En effet, les coupes ou championnats du monde qui jalonnent le calendrier des différentes compétitions, soit tous les deux ans comme par exemple en athlétisme, soit tous les quatre ans comme en Rugby ou en football, jouent un rôle prépondérant comme élément unificateur dans notre société. Lorsque l'on regarde de plus prêt ces compétitions, on se rend compte de leur impact concernant l'unité planétaire qu'elles forment. Elles sont capables de mettre à même hauteur des pays qui sont dans une opposition totale économiquement dans notre planète mondialisée. En effet, quand on s'aperçoit qu'il y a une rivalité sur le sprint entre la petite Jamaïque et la grande Etats-Unis, ce sont deux pays très éloignés sur le plan international qui lutte à place égale grâce au sport. Plus encore, ces compétitions peuvent être ferment de pacification, d'unité entre pays qui sont souvent des opposants de première importance sur la scène internationale. On peut prendre comme exemple les matchs intenses que représentent une rencontre Russie-Géorgie en Hockey sur glace. Il est souvent question de ferveur et non de violence autour de ces rencontres. Historiquement, un Allemagne-Turquie en football par exemple est aussi très souvent un match entraînant une tension positive et non de la violence. Il faut tout de même rester nuancer par rapport à cette approche pacificatrice et donc unificatrice du sport. Tout d'abord, le sport ne règle pas les conflits, et ces compétitions internationales, par le côté "vitrine" qu'elles apportent au pays organisateur, ne sont des limites que ponctuelles à la conflictualité. La Chine par exemple, lors des JO de Beijing n'a rien changé de sa politique répressive au sein de son pays, et ces JO ont d'ailleurs amené à beaucoup de contestations face à un pays autoritaire. Ensuite, historiquement, le sport a pu être au contraire un atout de lutte idéologique et planétaire. En 1980, les JO de Moscou sont boycottés par les USA en raison de l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS. Un évènement de substitution est même organisé, avec 29 pays qui boycottent. Le sport devient du coup un élément d'opposition entre deux groupes qui veulent se battre sur tous les plans.

On se rend compte en définitive que le sport est un objet politique au niveau international. Il est une vitrine, une façade. Il n'est plus forcément jeu, il est enjeu. L'idée la plus révélatrice à ce sujet est la professionnalisation des Jeux Olympiques que Pierre de Coubertin, le fondateur de cette épreuve, voulait au départ amateur. Il reste cependant l'idée que le sport reste un ferment d'unité par sa capacité à réunir tous les pays dans un même lieu pour combattre sportivement et non militairement. Un ferment d'unité aussi parce qu'il concentre toutes les populations autour d'un évènement pendant quelques semaines. Personne ne s'intéressera plus à la Jamaïque ou au Bahamas après un championnat du monde d'athlétisme, mais durant le temps de cette compétition, tout le monde voudra savoir d'où vient l'extraterrestre Usain Bolt et ses compatriotes. Il y a unité donc car intérêt commun, volonté commune de dominer le monde sportivement. Le sport est une sorte de combat du "soft power" (1) qui intègre l'idée d'une domination du monde autrement que par l'aspect militaire.

Logo-JO.jpg

Ici, il s'agissait de s'intéresser à l'unité que le sport crée à l'échelle planétaire. Pierre de Coubertin, encore lui, disait que les anneaux olympiques représentaient "les cinq parties du monde unies par l'olympisme". Cette question de l'unité est donc très présente au sein de cet évènement international. Le sport est un ferment d'unité comme il peut être un ferment de division comme on l'a vu grâce à quelques exemples. Cependant, il est intéressant de voir que le sport n'est plus un jeu mais un enjeu planétaire, un enjeu d'opposition pacifique entre les pays, l'idée qu'il faut se montrer au premier plan à l'échelle planétaire. Le sport comme ferment d'unité c'est aussi de manière beaucoup plus humble des compétitions qui visent à régler des problèmes, à appeler à la solidarité comme la coupe du monde des SDF tente de le faire. Un appel à la solidarité, un appel à l'unité mais aussi dans des compétitions plus médiatisées, une planète réunie derrière un seul et même événement pour oublier les soucis quotidiens.

(1) Le "soft power", Joseph S.  Nye, Bound to Lead, 1990.

Article réalisé par Julien Bonnaud l Image : Reuters

commentaires

Haut de page