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Le sport ferment d'unité ! (2/3)

par Julien Bonnaud 1 Décembre 2011, 19:00 OMNISPORT

On a parlé d'un sport ferment d'unité à l'échelle planétaire. Mais le sport, au-delà de son rôle de création d'une unité internationale, est surtout un ferment identitaire. Et ce ferment identitaire, qui est donc aussi unificateur, est celui d'une nation ou d'un Etat. Avant de développer cette idée que le sport peut unir une nation ou un Etat, il faut différencier ces deux entités. La nation prend en compte un groupe socioculturel qui est homogène. Lorsque l'on parle de nation algérienne par exemple, même si le problème kabyle notamment pose problème face à cette entité, on peut prendre en compte la "diaspora" algérienne, notamment en France. Je prends cet exemple car on y reviendra plus tard. Quand on parle d'Etat, il s'agit plus d'une entité géographique close. L'entité étatique de la France c'est l'hexagone, pas plus pas moins, avec tous ses habitants quel qu'ils soient, français ou non, tant qu'ils se reconnaissent de cette entité de l'Etat français. Maintenant que nous avons éclairci cette question conceptuelle, on peut reprendre notre sujet et essayer de voir en quoi le sport est un ferment d'unité nationale.

 

Toujours dans l'idée d'une planète mondialisée, on peut s'interroger sur ce qui fait encore la nation ou l'Etat, sur ce qui crée une identité au sein d'une communauté qui cohabite. Le sport est-il l'un des ferments de cette unité-là, est-ce une nouvelle forme de "nationalisme" (à dépouiller de son aspect négatif et extrémiste pour y appréhender une notion d'identité commune à une nation)? Le sport peut-il permettre de souder une communauté entière et donc de se présenter comme le ferment d'unité nationale tant mise à mal par la mondialisation?

 

Dans une approche et un aspect purement sportif, il apparaît comme évident que le sport est un moyen de réunir toute une communauté autour d'une même envie, d'un même espoir, celui de voir son pays triomphé. Il n'est qu'à voir les scènes de joies triomphantes que peuvent provoquer certaines victoires, plus particulièrement en football. On peut ici soulever deux exemples et ce de manière chronologique.

 

Le premier d'entre eux concerne l'épopée stéphanoise du milieu des années 1970, qui a aboutit le 12 mai 1976 à la fameuse finale des poteaux carrés. Il a souvent été dit, et l'on pourrait le considérer comme un lieu commun voire une légende, que cette épopée a fait naître un engouement national jamais encore égalé (et qui ne sera sûrement jamais revécu dans une époque de foot-business d'aujourd'hui). Cependant, il ne paraît pas exagéré de dire qu'une grande partie de la France tendait à se retrouver dans les valeurs véhiculées par cette équipe, celles de la combativité et du don de soi. Aujourd'hui encore, il n'est pas rare de voir toute une génération (vieillissante) continuer à suivre les résultats des Verts dans l'espoir de revivre cette époque révolue qui les a fait vibrer et qui a pour certains changé leur quotidien parfois morose.

 

Le second de ces exemples est en France encore plus universel et vient s'opposer à l'actuelle relation que le pays noue avec son équipe de football nationale. Même si l'image tend à se reconstruire, les frasques récentes des Bleus conduisent à un certain désamour de leur équipe de footballeurs  pour se tourner vers d'autres sports victorieux et véhiculant de meilleur valeur, comme le handball. Même dans l'aspect négatif d'un désamour, le sport reste unificateur: on s'intéresse à ce que l'on représente sportivement à l'étranger, nos équipes nationales étant des vitrines pour le pays. L'exemple que je veux donc ici aborder montre à quel point une nation est liée à son équipe qui la représente. En 1998, la France est au sommet du football mondial et son image s'en ressent. La victoire mythique de ces Bleus sur le Brésil trois à zéro est une victoire qui va forger la nation française et l'unir autour d'un évènement, franco-français d'ailleurs puisque la Coupe du Monde 1998 se passe dans l'hexagone (au contraire du titre européen en 2000 qui a moins de retentissements). Cette victoire a un tel impact économique et culturel sur le pays, mais aussi dans sa relation avec le reste du monde, qu'il y a même eu l'année suivante au baccalauréat d'histoire-géographie une photo de l'équipe de France en document d'accompagnement. Ceci montre l'impact national d'une victoire dans le plus médiatisé des sports. Tous unis derrière notre équipe pour la victoire! Telle était l'idée d'un pays unis derrière une équipe réalisant un exploit sportif à la fin du XXè s.

 
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Le sport peut donc avoir un impact qui crée une sorte d'union nationale, qui va au-delà de tous les problèmes et les conflictualités du quotidien, et ce dans l'idée d'un soutien national autour de l'équipe qui nous représente devant le monde entier.

 

Mais le sport comme ferment d'unité nationale va bien au-delà. Lorsque l'on a définit le mot nation, on a montré que celle-ci ne s'arrêtait pas forcément aux frontières géopolitiques, il y a aussi l'idée que le sport peut devenir le ferment unitaire de tout un groupe identitaire. C'est par exemple le cas de nombreux sports et plus particulièrement le football, lorsque l'on parle de l'Algérie par exemple (excepté comme on l'a déjà dit le problème Kabyle). En effet, la qualification à la dernière coupe du monde de l'Algérie a soulevé, en Europe et plus particulièrement en France, une ferveur incommensurable au sein d'une population d'immigrés qui a fêté cette victoire face à "l'ennemi" héréditaire en sport, l'Egypte. Les scènes de joie se sont multipliées en France, créant parfois des conflictualités. Il y a donc cette idée que le sport peut unir mais aussi dissocier, dans le sens où la France a été à ce moment-là divisée: il ne s'agissait pas de la nation française mais d'un groupe ethnique revendiquant (pacifiquement le plus souvent) son appartenance à une autre culture et étant uni derrière cette culture et l'équipe qui la représentait.

 

Enfin, bien au-delà de toutes ces considérations, le sport peut aussi avoir un rôle à jouer politiquement. Il a souvent été dit que, par exemple, la Belgique n'avait pas de gouvernement, mais elle avait Philippe Gilbert. En effet, des pays parfois divisés intérieurement peuvent trouver dans le sport un moyen d'affirmer leur identité commune. Wallons et Flamands se sont trouvés associés aux victoires et aux exploits de leur champion cycliste, mettant un temps de côté leur rivalité grandissante. Même si le sport ne peut pas régler tous les problèmes politiques, il peut avoir un impact positif sur les conflits internes à un pays. Du pain et des jeux disaient les Romains! Du pain et du sport disent aujourd'hui les populations en crise. Toujours dans ce sens, le sport peut être un moyen d'intégration dans une nation d'une communauté plus ou moins repoussée habituellement. La communauté noire dans de nombreux pays fait les beaux jours du sport au niveau national. Les meilleurs sprinteurs sont noirs, les meilleurs footballeurs sont en grande majorité de cette communauté là, de même pour les basketteurs... Enfin, actuellement en période de crise, les populations trouvent dans le sport un moyen d'émancipation et retrouvent une certaine identité face à la mondialisation.

 

En définitive, le sport unit, le sport instruit, le sport fait naître des émotions et répond à une attente "populiste" si l'on veut être négatif, ou "sociétale" si l'on veut être plus nuancé. Les équipes nationales représentent une identité qui répond à ces attentes et qui crée une unité autour d'une défense de la nation par le sport. Il s'agit pour ces équipes d'être compétitives et de gagner et tout le pays se retrouve derrière celles-ci comme si toute la dignité nationale en dépendait. Beaucoup de personnes qui ne portent pas vraiment d'intérêt à un sport quelconque s'intéressent aux résultats de leur équipe nationale, avec inconsciemment l'idée qu'il s'agit de l'image de leur pays que ces équipes véhiculent à l'étranger. Il s'agit donc, derrière cette union nationale, d'appréhender une certaine diplomatie sportive à laquelle tout citoyen s'intéresse dans l'optique de voir son pays au premier plan de la scène internationale. C'est une union sociopolitique que le sport met en avant, l'intérêt n'étant pas forcément le résultat mais ce que cela va impliquer dans la vision que les autres auront de notre pays. Représenter son pays pour un sportif, c'est aussi bien affirmer son attachement à un Etat que devenir diplomate pour des millions de personnes. L'image véhiculée par le sportif est une image qui va être retenue dans grand nombre de pays, et c'est pourquoi il y a une telle union de la nation derrière les équipes nationales, car il en va de l'honneur et du prestige international du pays.

 
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Article réalisé par Julien Bonnaud l Image : AFP

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