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Le sport ferment d'unité ! (3/3)

par Julien Bonnaud 2 Décembre 2011, 19:00 OMNISPORT

On a fini dans l'article précédent sur une note très politique voire géopolitique concernant le rôle du sport dans l'unité nationale. On s'est en effet attarder sur le rôle de construction et de défense de l'identité nationale que le sport peut avoir. Mais le sport est avant tout une question de communauté. Car les équipes nationales ne représentent qu'un échelon minime face à ce que le sportif ou l'équipe représentent au niveau local (qui peut  être départemental ou régional, tout dépend de l'influence et de la présence d'autres sportifs). Le skieur Antoine Deneriaz est par exemple l'ambassadeur de sa Haute-Savoie natale et notamment Morillon où il a été formé. Des villes comme Marseille ou encore plus Saint-Étienne sont inlassablement associées à leurs exploits footballistiques. La ville stéphanoise est, dans les années 1970, une ville noire (pour le charbon) et verte (pour son équipe de football).

 

C'est dans cet esprit d'une communion d'un sportif ou d'une équipe avec une région que le sport devient ferment d'unité. Dans un stade de football ou d'un autre sport, on n'est plus cadre ou ouvrier, artisan ou travailleur libéral, on est supporter de telle ou telle équipe, de tel ou tel sportif. Le sport, avant d'être un ensemble de violences de plus en plus médiatisées, est avant tout l'histoire d'une communion entre des fans, un moyen de créer des liens dans une société qui tend de plus en plus à s'ignorer. Du fait de la mondialisation, la proximité des gens n'est plus un gage d'unité, la ville disparaît au profit d'une césure entre les différentes communautés qui la composent, et le sport semble être un des derniers ferments d'unité de cette composante urbaine qui se désagrège. On a pris l'exemple de Saint-Étienne pour le football, mais on aurait tout aussi bien pu prendre l'exemple de Clermont pour le rugby ou de Montpellier pour le handball...  Le sport participe donc d'une identité locale qui persiste à lutter contre la mondialisation et la disparition d'un échelon locale de communauté au profit d'un "village planétaire" (1).

 

Un exemple plus approfondi semble nécessaire ici pour montrer l'impact de cette union qui peut se créer derrière une équipe ou un sportif, en France comme ailleurs. Il s'agit de prendre en exemple les Corinthians, club brésilien basé à Sao Paulo. Le club de football s'est carrément mis dans la tête de créer un passeport des Corinthians  et une République populaire. Plus sérieusement, un sponsor (Nike) a tout fait pour créer un certain engouement derrière une équipe, afin de créer une certaine unité (et des revenus) autour de ces footballeurs. Il s'agit de se revendiquer Corinthians et non plus Brésilien (2). Les exemples de ce point de vue là sont multiples. On peut en citer ici quelques uns, sans volonté de faire une liste à la Prévert,  mais plutôt dans le but de montrer que le sport crée une identité locale forte, dans laquelle la population se retrouve et dont elle revendique son appartenance. Pour les Greens Angels, faction de supporters de l'ASSE (Association Sportive de Saint-Etienne), revendiquer son appartenance à la ville stéphanoise est on ne peut plus logique, l'histoire de leur club étant pour eux indissociable de leur propre histoire. "On n'est pas d'un pays, on est de Sainté" peut-on lire sur des t-shirts. "On est né à Sainté et nous en sommes fiers" peut-on entendre chanter. Des slogans qui visent à montrer leur appartenance à une communauté locale unifiée autour d'une même cause sportive, d'un même club pour qui ils vouent un amour sans faille.

 

Comme autre exemple, plus politisé, on peut prendre celui de la revendication de la communauté basque à une indépendance à travers le sport et notamment l'équipe cycliste Euskatel qui revendique une identité exclusivement basque, en recrutant que des coureurs de ce qui est pour eux une "nationalité" à part entière.

 

Ces revendications unitaires sont défendues comme des religions: elles ont leurs temples (les stades par exemple), leurs "dieux" (les sportifs) et leurs rituels (on vit pour cette passion). Pour confirmer cette religion unitaire qu'est devenu le sport, l'exemple répété mais tellement probant de ce que représente l'ASSE peut être ici repris.

 

En effet, le stade Geoffroy Guichard est un temple sacré pour tout supporter de l'ASSE. Les nombreux débats qui ont eu lieu pour sa rénovation ou son abandon total en vue de l'Europe 2016 sont très révélateurs à ce propos. Le surnom de chaudron ne fait que renforcer le mythe que représente le stade et la ferveur des supporters en fait un des stades les plus redoutés de France. Ce stade est un véritable marqueur de l'identité stéphanoise, temple sportif de l'unité d'une ville derrière un club.

 

sainte.jpg

 

En ce qui concerne ces "dieux", les joueurs sont vénérés comme presque nulle part ailleurs et l'amour du maillot est de loin préféré au talent du joueur. La combativité prime sur l'efficacité et un joueur comme Loïc Perrin ou encore Jérémie Janot (3) a toute sa place dans le panthéon stéphanois, auquel on peut bien entendu attribuer une grande place en son sein à l'équipe de 1976 et notamment Dominique Rocheteau, dit l'Ange vert, un surnom qui symbolise tout la "théologisation" du sportif bien-aimé à Saint-Étienne.

 

Enfin, le sport est un rituel par le sacrifice d'une population à majorité ouvrière qui donne tout et plus de ce qu'elle a pour soutenir son équipe favorite et suivre de partout ses héros, d'où un écart de plus en plus important entre les supporters et les joueurs qui sont dans le système du business football.

 

Avec cet exemple stéphanois et tous les autres exemples abordés, on se rend compte à quel point le sport reste (et restera probablement) un ferment de l'unité d'une communauté, et qui d'ailleurs souvent  se définit en opposition avec une autre. La communauté basque par exemple se définit en opposition avec le reste de la France mais aussi de l'Espagne, la communauté stéphanoise entretient une rivalité importante avec son voisin lyonnais...etc. Le sport permet de conserver une certaine identité dans un contexte de perte des repères identitaires locaux du fait d'une mondialisation de plus en plus accélérée. Le sport est un moyen d'affirmer son appartenance à son lieu d'habitation. Une équipe, un sportif, au-delà du fait qu'ils offrent un spectacle sont aussi des ferments de l'unité d'une communauté et sont la base d'une affirmation identitaire en pleine perdition dans beaucoup d'autres domaines.

 

Pour conclure sur nos trois articles, on peut de manière assez succincte reprendre les différentes idées véhiculées par notre approche du sport en tant que ferment d'unité sociale et sociétale. Tout d'abord, le sport en tant qu'élément unificateur est une réponse à la mondialisation, tant du point de vue d'une affirmation de la nation que du point de vue d'une affirmation à l'appartenance à une communauté locale. Cependant, il s'inscrit lui-même dans une logique de globalisation à travers les différentes compétitions internationales. Ensuite, le sport crée une unité passagère, le temps d'une compétition, et entre donc dans un aspect beaucoup plus politique et diplomatique, faisant partie d'une appréhension pacifique des rapports internationaux. Enfin, le sport ferment d'unité, c'est aussi le sport ferment de solidarité et de mixité, un mélange de toutes les populations et de toutes les communautés, pour un melting pot sans équivalent. Bien entendu, le football reste le premier des sports à ouvrir la voie à toutes ces dimensions que le sport peut appréhender, du fait de sa surmédiatisation. Du même coup, et pour finir, cela nous amène à nous interroger de la manière suivante: du fait que le sport entre dans une ère économique nouvelle, ancrée dans le business, peut-on assister à une mort lente du sport en tant que facteur d'unité? La question reste ouverte...

 
A lire également
Partie 1/3
Partie 2/3

(1)  Le "village planétaire" (Global Village), Marshall Mc Luhan, The Medium is the Message, 1967.

(2) Pour ce qui concerne la question marketing, le report aux articles de Thomas Mollanger semble intéressante et sans équivalent.

(3)  Voir sur Culture Sport l'article récent qui concerne Jérémie Janot, gardien emblématique de l'ASSE ("Jérémie Janot, en vert et contre tous !").

Article réalisé par Julien Bonnaud l Image : Wikipedia (Mickaël Roure)

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