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OM/PSG : valeurs et business

par Thomas Mollanger 3 Décembre 2011, 17:43 Sport & marques

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Au petit matin, suite à la déroute parisienne face à l’Olympique de Marseille, une pluie de commentaires est tombée sur un des classiques de notre championnat de France. Si l’OM a vaincu le Paris Saint-Germain au terme d’un match à sens unique (aucun tir cadré côté parisien ce qui est relativement surprenant étant donné la prétendue qualité des joueurs offensifs du club de la Capitale), ce serait parce que le PSG s’est tourné vers ce que l’on a coutume de désigner sous l’expression de « foot business ». Autrement dit, l’Olympique de Marseille, en ne se faisant pas remarquer depuis plusieurs semaine dans les magazines de transferts, aurait maintenu une stabilité sportive et institutionnelle qui a permis au club de ne pas se ridiculiser dans un match que l’on a pris l’habitude de désigner, à tort, sous le nom de Classico. « Nous à l’OM on a su garder notre identité ». « Paris n’a pas compris que l’argent ne fait pas tout ». Oui, les supporters marseillais ont raison. L’OM a su maintenir son identité de club historique au comportement sulfureux, et l’argent (Naples l’a encore merveilleusement démontré face à Manchester City en Ligue des Champions), ne fait pas tout. Toutefois, le bât blesse lorsque les supporters marseillais ou parisiens expliquent la déroute des joueurs de la capitale par le changement de politique financière du Paris Saint-Germain qui se serait tourné vers ce que l’on a coutume d’appeler « foot-business ».

Les supporters olympiens n’ont pas oublié que pendant plus d’une décennie leur club de cœur a été géré par un milliardaire en la personne de Robert-Louis Dreyfus (1996-2009). Dès lors qu’est ce qui permet à un supporter de justifier son identité (OM club historique) par le rejet des pratiques de l’autre (le foot-business parisien)  en ayant pertinemment à l’esprit que son club a, en partie, les mêmes caractéristiques dirigeantes et institutionnelles (aux mains d’un milliardaire) ? Car après une longue période où l’OM s’illustrait autant dans la rubrique « transfert » que dans la rubrique « sport », il a été très surprenant de voir ce retournement de situation aux lendemains de la défaite du PSG, faisant de l’OM un club comme les autres dans le paysage économique français. On ne peut s’empêcher de voir là une peur latente des supporters marseillais lorsqu’ils ont appris que leur plus grand rival serait désormais aux mains du Qatar Investment Authority dirigé par le cheikh héritier Tamin bin Hamad al-Thani. Clausewitz, dans L’art de la guerre, montre que l’identité se définit en partie par une opposition face à un rival, un concurrent. La rivalité OM/PSG s’inscrit tout à fait dans cette perspective. L’OM dispose d’un budget qui fait saliver bien des clubs en France. Comment peut-il dès lors stigmatiser autant la politique financière après avoir connu (et connaît encore, faut-il rappeler le salaire de Lucho Gonzalez ?) les joies et les malheurs d’une vie de riche ? Le comble a été de revendiquer que tous les joueurs actuels de l’OM avaient l’amour du maillot et non pas de l’argent (sous-entendu à l’inverse des joueurs du PSG) quelques semaines (que dis-je, quelques jours) après avoir pointé du doigt les errements d’un Lucho, d’un Rodriguez, d’un Diawara, d’un Azpilicueta ou encore d’un Diarra. Parce que l’identité de l’OM repose sur l’opposition au PSG, lorsque le club de la capitale a été repris par un richissime propriétaire, l’OM a adopté la posture du club de province misant essentiellement sur des joueurs qui ont l’amour du maillot, des jeunes  (merci les frères Ayew) et une identité de jeu qui reste, dans le cas de Marseille, encore à définir.

Nous ne partageons pas l’idée selon laquelle le PSG devrait être stigmatisé parce qu’il a animé et va continuer à animer le marché des transferts et les rubriques business avec assiduité. L’OM en a fait autant il y a quelques années. Certains clubs étrangers parmi les plus importants de la planète en font autant et même avec encore plus de vigueur. Est-ce pour autant que les supporters marseillais ont totalement tort ? Le PSG d’aujourd’hui est-il le même que l’OM d’hier ?

C’est là que l’on trouve des éléments de réponse intéressants. Car là où la politique financière de l’OM change par rapport à celle de Paris, ce n’est pas dans l’opulence financière, mais dans la gestion de l’image du club. Sous l’ère Robert Louis Dreyfus, la volonté de ne pas relayer au second plan l’identité marseillaise a été une constante. La présence d’anciens joueurs de l’OM dans l’organigramme sportif et institutionnel en est la preuve. Sous Louis-Dreyfus (pas toujours bien entendu), il y a toujours eu le souci de respecter l’histoire du club. Il n’y a jamais eu que l’idée de rénover le Vélodrome. Ce n’est pas le cas du Paris Saint-Germain que l’on connaît aujourd’hui. Les remous autour de Kombouaré, la délocalisation au Stade de France pour deux saisons, la volonté de donner une identité « arabe » et non parisienne au PSG (notamment en recrutant des joueurs arabes) sont autant d’indices qui nous montrent que la gestion parisienne d’aujourd’hui n’est pas la gestion marseillaise d’hier. La première identité revendiquée par les supporters marseillais est l’identité marseillaise. Sans doute parce que cette ville cosmopolite, au brassage culturel constant, se prête totalement à cela. On ne peut cependant cacher notre désillusion de voir l’OM adopter un maillot à l’effigie « africaine » (bandes rouge, jaune et verte).

Il est donc faux de taxer le PSG de club représentatif du « foot business ». Quel club aujourd’hui peut prétendre avoir un minimum d’ambitions sans un capital financier important ? Le terme de « foot business » est aussi flou que son usage est devenu courant. On voit fleurir dans les stades les banderoles « Non au foot-business ». Or il n’y a pas beaucoup de clubs aujourd’hui où l’argent est un élément secondaire. Même à Saint-Étienne...  On ne peut pas attendre d’un club sérieux aujourd’hui qu’il n’ait pas énormément d’argent. Sans doute le club de la capitale dispose-t-il de moyens financiers bien au-dessus de la moyenne. Il n’en demeure pas moins que le principe est le même. Toutefois, ce que l’on doit attendre des dirigeants aujourd’hui, et ce encore plus dans une logique de supporters, c’est qu’ils respectent l’histoire et l’identité du club. Par des orientations marketing pertinentes, des décisions institutionnelles réfléchies et concertées, par une politique sportive suivie. Car à l’heure du foot-business, étrangement (et les dénonciateurs du foot-business ont tendance à l’oublier), le meilleur centre de formation de la planète, celui d’où sort des joueurs à 200 millions d’euros, est une petite maison nichée à deux pas du Camp Nou, sur les rivages méditerranéens, la Masia. Cet effort de ne pas faire table rase du passé n’est pas incompatible avec des fonds financiers quasi illimités et une politique marketing à l’échelle mondiale. Nous l’avons montré dans un article précédent à propos du naming. Bien au contraire ! Cet énorme capital financier et humain peut être requis pour développer des stratégies s’inscrivant dans la droite filiation de l’histoire du club, sans révolution, ni table rase. C’est là que le PSG semble pécher. Acheter Pastore 42 millions d’euros est peut être une erreur. Cela témoigne en tout cas d’une gestion de l’argent complètement démesurée. Toutefois, l’OM n’a pas été le dernier club à acheter à prix d’or des joueurs qui ont par la suite déçu... Là où les décisions doivent être stigmatisées, c’est quand elles vont à l’encontre d’une identité, d’une histoire, d’un passé. Il n’y a pas d’identité sans mémoire. Tous les plus grands clubs entretiennent un rapport étroit avec leur passé ou un terroir. Le Real Madrid, l’Ajax Amsterdam, Liverpool, Barcelone... Ce qui ne les empêche nullement de mener des stratégies marketing adaptées à l’autre bout du monde en internationalisant l’image du club comme l’atteste la récente signature du FC Barcelone avec Tencent pour s’installer sur les médias sociaux chinois. Autrement dit, le libéralisme financier et le capitalisme qui ont pleinement intégré le monde du football ne sont en aucun cas incompatibles avec le respect de l’histoire, du passé, de la mémoire et des valeurs du club. Habilement réfléchis, ces moyens démesurés peuvent aussi permettre de renforcer l’image d’un club. C’est sans doute là la plus grosse erreur du PSG qui, pour le moment (on reste prudent car nous ne sommes en aucun cas à l’abri de belles surprises), semble oublier d’où il vient. 

Article réalisé par Thomas Mollanger l Image : Laurence Lasserre

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