Daniel Costantini est peut-être la personne qui a lancé la dynamique du handball français. Logiquement, c’est l’un des principaux acteurs dans le reportage retraçant l’histoire du sport collectif français le plus titré de l’histoire. Après avoir revu le film, l’ancien sélectionneur des Bleus s’est confié à Culture Sport.
Culture Sport : Quel est votre sentiment après avoir revu un tel document ? Ca doit faire remonter de bons souvenirs ?
Daniel Costantini : Oui, mais je pense que c’est surtout émouvant pour les très anciens, car il y a des images qui ont été ressorties des vieilles armoires que Canal+ a réussi à remettre au goût du jour. Ces souvenirs là sont donc très émouvants. Mais comme il y a en plus un scénario construit pour expliquer comment les choses ont pu se passer, ce document a un fil conducteur qui permet de comprendre beaucoup de choses. Même si moi, elle me fait pas toujours la part belle.
Culture Sport : Justement, le film évoque la remise en question que vous avez dû avoir. C’est quelque chose qui n’a pas été simple à faire ?
Daniel Costantini : C’est vrai que quand je vois les analyses que je porte, je me rends compte que j’ai fait des erreurs comme tous les managers en font. Quand quelque chose ne marche pas, c’est en général que quelqu’un fait une erreur. Je suis très heureux d’avoir pu rebondir, modifier mon style de leadership. Avec les Barjots et les Costauds, ça soufflait le chaud et le froid. Nous étions capables du meilleur comme du pire. Tandis que les Experts n’ont pas besoin de se remettre en cause puisqu’ils gagnent tout le temps.
Culture Sport : Quelle est la meilleure des trois équipes évoquées dans le document ?
Daniel Costantini : Ce n’est pas comparable car la performance des Experts (5 succès en 5 compétitions) est assez exceptionnelle, d’autant plus que la défaite de 2007 en Allemagne est le fait de l’arbitrage. Là, c’est la meilleure équipe possible, ce qui est d’ailleurs dit par des témoins croates (“ils ont le meilleur gardien du monde, le meilleur ailier gauche…). Nous, c’était plus incertain et fragile, mais ça avait peut-être plus de prix que ce n’était pas écrit. Nous n’avons jamais joué une finale de championnat du monde dans la peau de favori. On a perdu la première, les Croates devaient gagner la deuxième et les Suédois la troisième. Mais c’est vrai que parfois je suis jaloux de Claude Onesta car j’aurais aimé entraîné cette équipe.
Culture Sport : Pendant combien de temps encore la France va-t-elle continuer à tout gagner ?
Daniel Costantini : La France risque de vivre un Euro difficile car les années olympiques sont toujours particulières. D’ailleurs le handball est la seule discipline à mettre un championnat d’Europe la même que les JO. Mais je crois que l’objectif qu’ils ont est d’être champion olympique pour la deuxième fois consécutive. Là, ils auront le temps de préparation pour se refaire une santé. A l’Euro, ils sont bien sûr encore capables de gagner et ils seront favoris de toute façon. Mais je crois je ne leur demanderais pas d’être champions d’Europe. Et s’ils n’étaient pas champions d’Europe, ça serait peut-être la meilleure garantie pour être champions olympique derrière.
Propos recueillis par Martin Bourdin | Photo : AFP