Quatorze ans, passés au sein du circuit professionnel, ont suffi à Carlos Sastre pour entrer dans l’Histoire du sport Ibérique. Avant-hier, il a raccroché pour la dernière fois son vélo, un Fuji, dans son garage. Pour de bon, mais chez les pros. Quelque chose nous dit qu’il va disputer quelques courses dans les rangs amateurs. Une chose est sûre, l’Espagnol va enfin pouvoir savourer la vie de famille. Il sera beaucoup plus retranché du monde cycliste. A moins qu’un poste de directeur sportif ne lui tende les bras ?

Carlos Sastre n’a pas à rougir de ses performances réalisées jusqu’à ce dimanche, le trentième du mois d’octobre 2011. Même si ce n’était pas un (grand) gagneur, mais plutôt un lieutenant de (grand) luxe (il a aidé les plus grands : Laurent Jalabert, Ivan Basso, Joseba Beloki, Igor Gonzalez de Galdeano, les frères Schleck et dernièrement Juan José Cobo, vainqueur du Tour d’Espagne), il a glané tout le long de sa carrière de très beaux succès. Même si il en a peu remporté, certes.
Après de (trop) nombreuses places d’honneur dans les Grands Tours (vingt-six participations), il parvient, enfin, en 2008, à conquérir une course majeure du calendrier mondial. Non, ce n’est ni la Vuelta, son tour national, ni le Giro, la deuxième épreuve cycliste la plus importante. Carlos Sastre s’était juste paré de jaune à Paris. Derrière les Champs-Elysées, ce qui accroît la beauté de son titre acquis après une violente attaque dans l’Alpe d’Huez.
Normalement, ce devait être Frank Schleck qui aurait dû monter sur la première marche du podium, en lieu et place de Sastre. Mais les circonstances de course en ont voulu autrement. C’est tant mieux pour cet homme attachant, dévoué et toujours loyal. La planète cycliste était ravie pour lui, comme elle le fût pour Cadel Evans en juillet dernier. Sastre a toujours été présent dans les classements généraux. Une grande régularité : six top dix dans la Grande Boucle (une victoire finale donc et un podium), deux tops dix au Giro (dont un podium) et sept présences dans les dix premiers dans SA Vuelta (trois podiums et étonnement aucun maillot amarillo ou rouge).
A noter que l’an passé, Carlos Sastre a réussi un exploit unique, rare désormais dans le cyclisme moderne. L’Espagnol avait été aligné dans les trois Grands Tours par son ancienne équipe Cervelo TestTeam. Aligné c’est une chose, mais se classer dans le top vingt des trois compétitions, ça mérite quand même le respect. Vingtième de la Grande Boucle, il réussit néanmoins à se glisser dans le top dix des Tours d’Espagne et Italie (huitième).

Voilà ce que l’on pouvait dire sur ce champion qui tire sa révérence. "C'est le moment de dire adieu à tant d'années de souffrance, de défaites, de joies, de tant d'expériences, toutes inoubliables, et la vérité c'est que je me sens heureux d'avoir pris cette décision". Après Vicente Garcia Acosta (Francis Lafargue lui rend hommage), le cyclisme Espagnol perd deux coureurs d’exception. Deux gregarios avec une très solide expérience et un cœur gros comme ça. Sinon, à quand le poste de directeur sportif ?
PS : Le meilleur grimpeur du Tour de France 2008 ce n’est pas Kohl, mais bien Carlos Sastre ! On a souvent tendance à l’oublier. Normal après avoir revêtu un magnifique Maillot Jaune.
Article réalisé par Nicolas Gréno l Images : AFP