
Le chemin des Argentins en Coupe du monde se sera donc arrêté un 9 octobre, en quart de finale de coupe du monde, à Auckland, contre la Nouvelle-Zélande. Plus qu’un dernier match de coupe du monde, cette élimination représente une transition dans le monde du rugby argentin.
Des cadres à la retraite
En effet, plusieurs cadres argentins ont vécu là leur dernier match en équipe nationale. Les yeux humides, la carcasse meurtrie mais le regard fier, Mario Ledesma, Rodrigo Roncero, Martin Scelzo ou encore Felipe Contemponi ont sans doute vécu leurs derniers instants en sélection. Un ultime baroud d’honneur contre la meilleure équipe du monde. Comment rêver plus belle sortie ? Ces hommes ont fait du rugby argentin une référence, par son jeu de passe léché, sa mobilité incessante et sa redoutable défense. En plus de dix ans de carrières, ces gauchos ont installé l’Argentine, un pays où le rugby amateur est roi, parmi le gratin européen. «Nous les vieux, on voulait laisser l'Argentine à sa place, dans le premier tiers mondial. C'était une mission importante», expliquait vendredi «Super Mario» Ledesma, ex-talonneur clermontois qui a raccroché les crampons après la défaite contre les Blacks. On les décrivait sur la pente descendante, quatre ans après avoir chipé la troisième place à la bande à Laporte sur le territoire français. Force est de constater que pour une équipe sur la pente descendante, les Argentins ne se sont pas trop mal débrouillés. Après avoir failli remporter une rencontre qui serait restée dans les mémoires contre les Anglais dans leur premier match de poule (9-13), les Pumas argentins ont fait le travail lors des rencontres suivantes. Victoire facile contre la Roumanie (43-8), puis à l’arrachée contre de valeureux écossais (13-12), et enfin une victoire contre la Géorgie (25-7). Dans le jeu, les Argentins ont fait montre d’une ténacité, d’une envie et d’un talent qui n’avaient rien à envier à 2007, lorsque le petit Napoléon argentin Augustin Pichot était encore là pour emmener ses troupes au combat. Leur quart de finale contre les Blacks avait été présenté comme une boucherie. Là encore les Argentins ont résisté comme aucune autre équipe, pas même la France, à l’exceptionnalité néo-zélandaise. Pendant 80mn (ou plutôt 60), les Pumas ont retourné tout ce qui se présentait devant eux avec un maillot noir. Ils furent d’ailleurs les premiers à inscrire un essai.
Cependant, comment ne pas voir dans cette ultime démonstration de fierté le baroud d’honneur d’une génération argentine dorée appelée à prendre sa retraite au lendemain du mondial ?

La relève et l’intégration dans le gratin mondial
Certes les Roncero, Ledesma, Contemponi et autres Scelzo ne seront sans doute plus là. Mais nous voyons malgré tout de très belles promesses et des lendemains qui chantent pour le rugby argentin.
Le jeu argentin a fait preuve d’une conquête très solide, d’une combativité sans équivalent au sol et d’un jeu hyper-réaliste. Leur jeu à terre a failli faire des fureurs contre les Blacks et leur défense a été héroïque contre les Anglais. La première ligne où les viellissants Roncero, Ledesma et Scelzo officient n’a pas surnagé par raport au reste de l’équipe argentine. La relève semble assurée à toutes les lignes où des éléments prometteurs ont émergé ou confirmé pendant la compétition. On pense au montpelliérain Santiago Fernandez (ouvreur, 27 ans), au biarrot Marcelo Bosch (centre, 27 ans) ou au joueur du Stade français Martin Rodriguez Gurruchuga (arrière, 25 ans). Encadrés par des joueurs de la trempe de Julio Farias Cabello, Juan Martin Fernandez Lobbe, Patricio Albacete ou Juan Manuel Leguizamon, l’Argentine a de quoi voir venir.
Qui plus est, dès l’an prochain, l’équipe sud-américaine, après moults négociations, aura enfin la place qu’elle mérite. Celle d’intégrer le « Four Nations » déjà composé par la Nouvelle-Zélande, l’Australie et l’Afrique du Sud. Une assurance de se frotter régulièrement à la crème du rugby et de faire progresser le quinze national. En témoigne Graham Henry, l’entraîneur des Blacks : « Les Argentins ont particulièrement bien joué. Ils seront un atout pour le Four Nations. En tant que Néo-Zélandais, on est impatient de les voir impliqués. Ce sera bon pour nous et pour eux ». Pendant longtemps amateur et réservé aux fils de bonnes familles, le rugby argentin entre peu à peu dans le professionnalisme.

Plus que des génies temporaires, la génération dorée du rugby argentin aura été un formidable relais pour une nouvelle génération tout aussi talentueuse, et une magnifique vitrine au pays des gauchos. Une génération qui aura fait le pont et qui ne sera pas partie sans s’assurer que la relève soit là. Rodrigo Roncero, dentiste de formation, continuera de faire les beaux jours du Stade Français. Felipe Contemponi lui, chrirugien orthopédique de métier, ira aussi balader son crâne chauve et sa classe du côté de la capitale. L’identité argentine a été transmise. Il n’y aura pas révolution et nous reverrons des barbus poilus pleurés durant leur hymne pendant que Roncero et Contemponi officieront dans leurs cabinets...
Article réalisé par Thomas Mollanger l Image : Site officiel de la Coupe du Monde de rugby