Tous les 1e et 15 de chaque mois, des rédacteurs de Culture Sport tenteront d'apporter leur réponse à une question d'actualité. En ce mardi 15 novembre, premier numéro. A quelques mois de l'Euro et en pleine période de matchs internationaux, Laurent Blanc a-t-il raison de faire tourner son équipe ? Ne devrait-il pas essayer de former une équipe type ?

Chloé Lemarchand : "Aligner une vraie équipe, qui aurait de la gueule"
La réponse est tout simplement non. Certes, faire jouer les jeunes talents ou ceux que l’on voit peu permet de se donner une idée de qui fera partie du groupe pour l’Euro 2012, de construire une équipe A’, mais ça ne fait pas avancer le problème de « quelle équipe A aligner ? ». C’est ce qui doit pourtant être le plus important car c’est cette équipe A qui rencontrera, on l’espère, les plus grandes nations européennes pour atteindre le Graal de la compétition. Et cette équipe A, on ne peut pas dire que Laurent Blanc l’ait réellement trouvée... Loin de là, si on regarde les derniers matches de qualification contre des équipes censées être de moindre prestige comme la Bosnie. Les Bleus ont été tremblants, parfois, hésitants, aussi. A se demander ce que cela donnera quand celle-ci rencontrera une nation comme l’Espagne ! La question de Laurent Blanc devrait être « Quelle équipe de France gagnerait à ‘‘coup sûr’’ face à l’Espagne ? ». La solution serait alors d’aligner une vraie équipe, qui aurait de la gueule face aux cadors, comme on dit, lors des matches amicaux, même si ceux-ci sont face aux Etats-Unis ou à la Belgique. Une fois l’équipe A trouvée, les remplaçants viennent d’eux-mêmes. A tourner ainsi, avec une équipe mi A - mi A’, celle-ci va finir par se perdre et nous aurons le droit à un « un petit tour et puis s’en va » ridicule, comme sous l’ère Domenech. Les matches amicaux sont faits pour cela : préparer les grands rendez-vous. Alors monsieur Blanc, arrêtez de faire tourner, des jeunes Français talentueux, on en a, on le sait. Faîtes des changements, testez, oui. Mais pas ainsi, gardez toujours en tête que c’est toujours cette équipe A type qu’il faut trouver, pour de bon. Il ne vous reste que sept petits mois.
Jérémy Bazin : "Entre 2000 et 2012, il y a quelques ressemblances"
Certains diront qu’il faut faire tourner lors des matchs amicaux pour découvrir de nouveaux visages en Bleu, avoir une plus grande concurrence et un choix plus large en vue de la liste pour l’Euro. D’autres diront au contraire qu’il faut travailler avec un onze type pour trouver un maximum d’automatismes, et donner l’envie aux remplaçants de travailler encore plus pour chiper la place d’un autre. Dans les deux cas les arguments sont recevables. Je préfère donc regarder le pré-Euro 2000, le dernier remporté par l’Equipe de France. C’est vrai que le contexte n’était pas le même puisque les Bleus sortaient d’une victoire en coupe du monde, et non pas d’une faillite comme ce fut le cas en 2010, mais entre les périodes 1998-2000 et 2010-2012, il y a quelques ressemblances. Malgré quelques résultats décevants, les Français arrachent leur qualification… avec 21 points comme cette année, et une petite unité d’avance sur le second. Après les barrages arrivent les rencontres amicales. Là aussi les premiers pas sont difficiles, avec une courte victoire sur la Pologne 1-0, à l’image du succès sur les USA. Peu à peu les Bleus prennent leurs marques et iront jusqu’au bout de l’aventure en 2000. Roger Lemerre alors sélectionneur, avait par contre choisi de très peu faire tourner son équipe s’appuyant sur des piliers comme Barthez, Zidane, Thuram, Lizarazu, Deschamps, Desailly… et Blanc. A la bonne école, Laurent Blanc n’applique pourtant pas vraiment la formule gagnante au début du siècle. Si Lloris, Benzema, Abidal, Mvila sont indiscutables dans son onze, il est bien difficile de savoir qui les accompagnera. Il est aussi vrai que Laurent Blanc doit faire avec les nombreuses blessures. En tout cas, il va falloir vite trouver une équipe type, l’Euro approche à grands pas, et la France ne séduit pas.

Au bon souvenir de l'Euro 2000
Thomas Mollanger : "La liste de 23 semble encore bien loin"
Le constat est sans appel. Depuis le début de son mandat en août 2010, Laurent Blanc a appelé 46 joueurs.... A 8 mois de l’Euro 2012 qui se tiendra en Pologne et en Ukraine, notre sélectionneur national déclare encore avoir 35 noms en tête. La liste de 23 semble encore bien loin... Pourtant, est-ce véritablement un problème que de voir une équipe de France aux contours flous et incertains à plusieurs mois de l’Euro ? Mis à part le cas très particulier de l’Espagne au sein du football européen, la majorité des équipes se cherche encore. Par ailleurs, ce que nous ont appris les compétitions précédentes, c’est que la forme sur un mois de compétition est un élément essentiel pour réussir. Les risques de blessures, de baisse de forme et, inversement, l’émergence de nouveaux joueurs à quelques mois de l’Euro (qu’on se souvienne de Ribéry en 2006) sont à prendre en compte. Tout le travail de Laurent Blanc réside dans cet équilibre incertain entre un corps de joueurs très uni (sur le modèle de la solidarité italienne en 2006), et une ouverture d’esprit indispensable à l’émergence de talents qui apportent un vent de fraîcheur et de folie. La France ne dispose pas d’un résrevoir de talents exceptionnels à l’image de l’Espagne. Bien au contraire. Il est donc normal d’avoir beaucoup plus de mal à maintenir une équipe-type, le niveau des joueurs étant très proches. Les supporters eux-mêmes auraient bien du mal à faire ressortir 11 noms indispensables... Yoann Gourcuff est bien pâle à côté de Marvin Martin, Mathieu Debuchy a montré que Sagna avait de quoi s’inquiéter, Jérémy Mathieu et Yohan Cabaye sont des options on ne peut plus crédibles et Loïc Rémy a mis à mal la classique organisation offensive Ribéry-Malouda-Benzema.
Gwendal Le Priellec : "Faire tourner a ses avantages et ses inconvénients"
Faire tourner l’effectif est en général synonyme de profondeur de banc, de largesses d’effectif, ou tout simplement s’agit-il de laisser les titulaires souffler pour tester de nouveaux joueurs. Une revue d’effectif est positive si elle s’avère pertinente. Laurent Blanc a fait le choix de tester de nouveaux joueurs lors de ces matchs amicaux de novembre, qui ne sont pas, comme à l’accoutumée, des plus brillants. Des choix oui, mais ont-ils été concluants ? Sur le front de l’attaque, Gameiro, qui a pourtant le potentiel et des qualités à part pour briller devant, ne s’est pas montré à sa juste valeur. Un Rémy entré sur le tard a marqué plus de points, preuve que les remplaçants ont aussi leur carte à jouer. A l’inverse, on se demande pourquoi Diarra est encore présent sur le terrain, s’il y avait bien un joueur à remplacer, son nom aurait vite été cité. Une défense new-look n’était peut être pas non plus la meilleure des idées quand on sait que Laurent Blanc cherche avant tout à consolider ses bases, notamment en défense centrale. Un turn-over effectué contre les USA qui a conduit l’équipe de France a jouer en 4-4-2, un système qui n’a pas convaincu. Comment jouer avec des pointes et des milieux défensifs, le tout sans aucun créateur au milieu de terrain ? On peut ici regretter par exemple la présence d’un Martin titulaire d’entrée, lui qui n’est entré qu’à l’heure de jeu. Faire tourner son équipe a ses avantages et ses inconvénients, encore faut-il le faire à bon escient, le tout sans excès.

Qui sera du voyage en Pologne, et en Ukraine ?
Martin Bourdin : "Pourquoi ne pas donner du temps de jeu ?"
Giroud, Gonalons, Koscielny, Mathieu, Debuchy… Tous les joueurs à qui Laurent Blanc a donné une chance d’évoluer en équipe de France ont le potentiel pour disputer l’Euro en juin prochain. Alors pourquoi ne pas leur donner du temps de jeu ? Ces matchs vont permettre aux « nouveaux » de prouver, ou non, qu’ils ont le niveau. Et s’ils ne l’ont pas, mieux vaut s’en rendre compte aujourd’hui que lors de l’Euro. Le match contre les Etats-Unis a ainsi montré que Koscielny était une alternative crédible à Mexès si celui-ci ne parvenait pas à revenir à son meilleur niveau. Debuchy s’impose aussi comme un concurrent de plus en plus crédible pour Sagna. Les performances de Giroud, Gonalons et Mathieu ont aussi été pleine de promesses, même si la France est plus fournie à leur poste. Enfin, plus que de simples individualités, ces matchs permettent à Laurent Blanc de tester de nouvelles animations. Le 4-4-2 mis en place face aux Américains a manifestement été un échec (mais avec deux milieux défensifs, est-ce une réelle surprise ?). Les entrées de Martin et Rémy et le passage en 4-3-3 qui s’en est suivi ont apporté du dynamisme au milieu, changeant ainsi la face du match. Ainsi, plus que des résultats, ces matchs amicaux sont l’occasion rêvée pour Blanc de tester de nouvelles choses. On a suffisamment reproché à Domenech de ne pas le faire pour se satisfaire de ces essais. Il vaut mieux qu’il les fasse maintenant qu’en juin prochain.
Baptiste Duprat : "Blanc ne pourra pas amener 40 joueurs à l'Euro"
Depuis que Laurent Blanc a pris les rênes de l’Équipe de France, bon nombre de secteurs de jeu étaient en chantier. La charnière centrale semble avoir trouvé un certain équilibre avec Rami et Mexès même si ce dernier n’a pas pu disputer les derniers matchs en bleu pour cause de blessure. Excepté Benzema, aucun autre joueur n’est indiscutable. Et si ces matchs amicaux permettent de voir certains jeunes joueurs, confirmer les espoirs qu’on mettait en eux l’enjeu de ces matchs est quasi nul. Alors Blanc décide de faire tourner son effectif. Au vu de l’enjeu donc, la décision est normale. Mais si l’on regarde les performances des tricolores lors de leurs précédentes sorties, on ne peut que s’inquiéter de l’état de cette équipe qui ne perd pas, mais qui reste très limitée en matière de jeu. Alors, pourquoi ne pas se servir des matchs amicaux pour trouver des automatismes et trouver la combinaison gagnante pour produire un jeu digne d’une grande équipe. Car essayer des Giroud, Koscielny ou encore Gonalons est-il nécessaire à seulement quelques mois de l’Euro. L’équipe de France a besoin de stabilité et les joueurs de la confiance du sélectionneur à chaque rencontre. L’utilité de ces matchs est donc une nouvelle fois bafouée et Blanc a tort de faire tourner son effectif alors que l’Euro arrive dans seulement 7 mois et que la préparation s’annonce très courte. Faire tourner n’était donc pour moi pas très judicieux au vu de la situation actuelle et ce n’est pas maintenant que Blanc doit découvrir de nouveaux joueurs, car leur intégration risque de ne pas se faire aussi vite que l’Euro arrive. Et Laurent Blanc ne pourra pas amener 40 joueurs en Pologne et en Ukraine, il faudra donc faire rapidement des choix, Monsieur le sélectionneur.
Article réalisé par Culture Sport l Image : Yahoo, FFF
Question CS #1 : Blanc doit-il faire tourner en amical avant l'Euro ?
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article