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Quel avenir pour Bretagne-Schuller ?

par Rémi Le Tenier 17 Avril 2012, 12:00 CYCLISME

Ils y jouaient leur avenir. Profondément marqué par la non-sélection de son équipe sur le prochain Tour de France, Joël Blévin, manager de Bretagne-Schuller, a posé sa démission deux jours après cette annonce. Vraie crise ou simple échec ? La jeune formation bretonne traverse actuellement la pire période de son histoire.

 
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A l’heure où l’équipe breizh revendique farouchement ses racines bretonnes (50% des coureurs sont bretons) ses principaux leaders, Champion, Lequatre ou Vachon ne sont pas bretons ! Un aveu d’impuissance pour cette équipe, condamnée à voir évoluer les meilleurs bretons sous les couleurs d’Europcar ou de la FDJ.

La formation bretonne, non sélectionnée sur Paris-Nice, le Dauphiné et le Tour en 2012 voit en effet s’envoler les meilleurs espoirs bretons sous d’autres cieux plus cléments. Après un stage prometteur sur le Tour de l’Ain 2011 sous les couleurs de l’équipe de Roger Tréhin, le finistérien Warren Barguil a ainsi décidé de « se laisser un an pour mûrir ».

 

Sans doute pour préparer son passage vers la Team Argos, formation néerlandaise qui, comble du supplice évolue au même niveau que Bretagne-Schuller. Et le problème n’est pas à chercher du côté du circuit amateur breton, toujours bien pourvu en belles courses chez les jeunes (la fédérale juniors Louison-Bobet ou le Trophée Centre Morbihan) ou chez les amateurs (avec la classique Redon-Redon). Côté coureurs, le vivier breton, bastion historique du cyclisme français, a encore passé pro’ deux de ses licenciés en 2012, dont aucun n’a choisi de rejoindre Bretagne-Schuller : Fabien Schmidt (Roubaix-Lille métropole), lauréat du dernier Paris-Tours espoirs et Maxime Le Montagner (Team Veranda Rideau-U), champion de France espoirs de contre-la-montre l’année passée.

Mais alors, pourquoi ces coureurs ne rejoignent-ils pas cette dernière, équipe à l’allure de tremplin idéal vers le World Tour ?

 

Bretagne-Schuller paie son statut de sixième équipe française, sans leader charismatique et autres références historiques. Quant les autres formations françaises peuvent aligner des coureurs capables de rivaliser avec les plus belles pointures mondiales, tels les Voeckler, Coppel, Gadret ou autres Taramaee et Fédrigo, la formation bretonne se contente d’une équipe de puncheurs encore, pour la plupart, méconnus du grand public. Dès lors, comment briguer une place sur la Grande Boucle , quand la meilleure référence de l’équipe sur des courses étapes demeure la deuxième place de Laurent Pichon sur les 4 Jours de Dunkerque 2011, qui, comme son nom l’indique, n’a rien d’un Tour de trois semaines…

 

Malgré tout, la non-sélection de l’équipe sponsorisée par le Conseil Régional de Bretagne a de quoi irriter la direction de l’équipe. Même sans leader de renom désigné, l’effectif n’a rien de ridicule. Entre un ex-champion de France sur route (Dimitri Champion en 2009), un ancien champion du monde espoirs sur route (Johan Le Bon en 2009) ou un vainqueur d’étape du Critérium International 2012 (Florian Vachon), cette équipe a démontré par le passé qu’elle n’avait rien d’un faire-valoir ! En témoigne la victoire du classement général de la Coupe de France 2010 !

 
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Alors, si les coureurs ne sont pas en cause, la question nous amène à remettre en cause le plus grand organisme français du circuit mondial, ASO, organisateur du Tour de France et de la majorité des grandes épreuves de l’Hexagone. Suite à l’annonce de la non-sélection de Bretagne-Schuller sur le Tour, Christian Prudhomme déclarait dans L’Equipe « sur les quatre invitations dont nous disposions, il était logique de distribuer les trois premières à Cofidis, Europcar et Saur-Sojasun, de par leur histoire et leurs résultats. Derrière, cela s’est joué en faveur du Team Argos, qui dispose de deux sprinters (…) capables de rivaliser avec Cavendish ». Cela nous conduit à nous interroger sur la question de la solidarité cycliste en France. Alors que les organisateurs du Giro donnent en priorité leurs wilds-cards aux équipes italiennes,  souvent inférieures qualitativement, tels Androni Giocatolli ou Farnese, ASO délivre parfois des wilds-cards aux équipes étrangères en concurrence avec des formations françaises ! Dès lors, comment espérer développer un cyclisme français compétitif si les coureurs français ne peuvent s’aguerrir sur les plus belles épreuves ? Pour progresser, les meilleurs espoirs de l’équipe bretonne seront, dès lors, condamnés à quitter la Bretagne.

 

Cependant, la fin de saison devrait permettre aux bretons de se refaire une santé « ils sont revanchards, ils tiennent à démontrer qu’ils sont à la hauteur et qu’ils n’ont rien à envier aux autres. Et puis secrètement, ils ne désespèrent pas de faire revenir Joël Blévin » observait Emmanuel Hubert, directeur sportif de Bretagne-Schuller dans Ouest-France le 14 avril dernier. La principale crainte du directoire de la formation bretonne reste pour l’instant un exode massif des meilleurs éléments, en août prochain, inquiets par la perspective de se voir refuser pour la troisième fois consécutive une invitation sur la grande fête de juillet.

 


Article réalisé par Rémi Le Tenier
Crédit photos : Bénédicte Front et Amélie Croguennec (Culture Sport)

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